La science des étoiles est-elle licite ?
Le tranchement d'Ibn ʿAbbâs : connaître les astres, non les jugements
C'est la question qu'on nous pose le plus souvent, et il serait malhonnête de bâtir quatorze leçons sans y répondre en face : un musulman a-t-il le droit d'étudier les étoiles ? Le folio ٣٠ du Shams al-Ma'arif ne l'esquive pas. Il y répond par le Coran d'abord, puis par une parole d'Ibn ʿAbbâs qui trace une frontière d'une netteté remarquable — et c'est cette frontière que toute la suite du cours respectera.
Ce que le Coran dit des étoiles qui guident
Le folio ouvre le chapitre par deux versets — et remarquez le verbe qu'ils partagent :
Se guider — ihtidâ'. Les étoiles sont données « pour vous » (lakum), avec une fonction explicite : orienter le voyageur dans la nuit, sur terre comme en mer. Le Coran ne se contente donc pas de tolérer qu'on connaisse le ciel — il présente cette connaissance comme une des raisons d'être des étoiles.
La parole qui trace la frontière
Vient alors le passage central du folio. Saʿîd ibn Jubayr — l'un des plus grands élèves d'Ibn ʿAbbâs — rapporte de son maître :
Tout tient dans cette distinction. D'un côté, ʿilm al-nujûm — la connaissance des astres : savoir les reconnaître, comprendre leurs cycles, s'en servir pour l'orientation, le calendrier, les moments de prière. Science « élevée et utile », dit Ibn ʿAbbâs — et même difficile, car « beaucoup de gens en sont incapables ». De l'autre, les aḥkâm — les jugements divinatoires : prétendre lire dans les astres un destin qui n'appartient qu'à Allah. C'est là, et seulement là, que passe l'interdit.
La preuve par l'usage : ce que le folio fait des étoiles
Et le livre joint le geste à la parole. Dans la même page, qu'utilise-t-il comme exemples ? Uniquement des usages de guidance :
| Étoile | Usage enseigné par le folio |
|---|---|
| الجدي | Al-Jadyi (l'étoile polaire) : trouver la qibla — derrière soi en terre de Shâm, face à soi en Irak, sur l'épaule gauche en Égypte |
| الفرقدان | Les deux Farqad et les Banât Naʿsh (la Grande Ourse) : reconnaître le pôle céleste |
| السها | Al-Suhâ, l'étoile discrète « par laquelle les gens éprouvent leur vue » |
| سهيل | Suhayl (Canopus) : visible dans toutes les terres arabes, invisible en Arménie — un repère géographique |
Trouver la direction de la prière, éprouver sa vue, se situer sur la terre : voilà l'astronomie du Shams al-Ma'arif. Le folio ajoute deux constats de science pure : les savants s'accordent à dire que la lumière de la Lune vient du Soleil, et le décompte classique des étoiles recensées — mille vingt-deux. Pas une ligne de divination dans toute la page.
- Le Coran présente les étoiles comme des guides donnés aux hommes — « afin que vous vous guidiez par elles » (Al-Anʿâm 6:97).
- Ibn ʿAbbâs tranche : la science des étoiles est « élevée et utile » — c'est la connaissance qui est louée.
- L'interdit ne frappe que les aḥkâm : les jugements divinatoires qui prétendent lire le destin.
- Le folio pratique ce qu'il enseigne : qibla, orientation, repères — aucune divination.
Voilà le cadre posé, et nous ne le quitterons plus : tout ce que ce cours enseignera — heures, demeures, signes — relève du choix des moments et de la connaissance du ciel, jamais de la prétention à connaître l'avenir. La prochaine leçon peut alors lever les yeux plus haut : que sont les sept cieux, et quelle distance nous en sépare ? Le folio ٢٩ répond par un hadith vertigineux.
Source unique : Shams al-Ma'arif al-Kubrâ d'Ahmad Al-Bûnî, folio ٣٠ (page 36 de l'édition numérisée). La parole d'Ibn ʿAbbâs (علم النجوم عالٍ نافع عجز عنه كثير من الناس) et la distinction entre connaissance et jugements ont été relues mot à mot sur le scan reproduit ci-dessus.
Précision des références : les versets Al-Anʿâm 6:97 et An-Nahl 16:16 sont vérifiés sur le texte coranique. Le même folio contient la liste des 28 demeures lunaires « où la Lune descend chaque nuit » — nous y reviendrons à la leçon 10.
La frontière entre connaissance et jugements a fait l'objet de discussions entre savants au fil des siècles ; ce cours s'en tient à la position que le folio lui-même rapporte d'Ibn ʿAbbâs, et s'interdit tout ce qui relèverait de la divination.
Le Calendrier Astrologique applique cette science licite : heures, demeures et positions du moment, calculées pour votre lieu.
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