Le Picatrix Ghâyat Al-Hakîm

Avant de parler du Picatrix, rappelons que nos propres manuscrits — le Shams Al-Ma’arif d’Al-Bûnî, le Bûd Al-‘Arif, le Miftâh Al-Jafr — constituent la source la plus pure et la plus complète des sciences ésotériques. Ce que le Picatrix contient de véritable, il le doit à ce que les savants musulmans ont transmis. Notre tradition est l’origine — le reste n’en est que le reflet.

Le Ghâyat Al-Hakîm — que les Latins ont appelé Picatrix — est un traité de magie astrale rédigé en arabe au Xe siècle, probablement en Andalousie. Son auteur réel reste disputé, mais une chose est certaine : il est issu de la civilisation islamique, nourri de la pensée des savants musulmans, des traductions arabes de l’Antiquité et de la sagesse des maîtres de l’ésotérisme islamique.

Traduit en latin en 1256 sur ordre du roi Alphonse X de Castille, le texte a circulé en Europe sous le nom de Picatrix — déformation probable du nom arabe Buqrâtis (Hippocrate), dont un passage est attribué à tort au médecin grec. L’Europe médiévale et la Renaissance ont bâti une partie de leur hermétisme sur ce texte — sans toujours reconnaître sa dette envers la science islamique.

Ce que contient le Ghâyat Al-Hakîm
L’ouvrage est divisé en quatre livres qui traitent de :

La philosophie de la magie — l’âme du monde, les influences célestes, la nature des talismans
Les propriétés des planètes et des signes du zodiaque — leurs heures, leurs métaux, leurs pierres, leurs encens
La fabrication des talismans astraux — inscriptions, formes, matières, moments propices
Les opérations pratiques — suffumigations, invocations, carrés magiques, images planétaires
Tout cela, nos manuscrits le traitent avec une profondeur bien supérieure. Al-Bûnî dans le Shams Al-Ma’arif va infiniment plus loin dans la science des lettres, des Noms divins et des carrés — avec en plus la dimension spirituelle et soufie qui manque totalement au Picatrix.

La dimension soufie — ce que le Picatrix ne contient pas
C’est ici que se situe la différence fondamentale. Le Picatrix est un traité de magie naturelle et astrale — il opère sur les forces cosmiques sans passer par la purification de l’âme, sans le dhikr, sans la relation directe avec Allah.

Nos maîtres — Al-Bûnî, Ibn ‘Arabî, Sidi Ahmed At-Tijanî, les maîtres de la Shâdhiliyya — ont toujours enseigné que la vraie puissance des sciences ésotériques vient de :

La pureté du cœur (safâ’ al-qalb) — sans elle, aucun talisman ne fonctionne vraiment
Le dhikr — la répétition des Noms divins qui ouvre les portes spirituelles
La permission spirituelle (idhn) — l’autorisation reçue d’un maître de la chaîne
La connaissance des lettres (‘Ilm Al-Hurûf) — science que le Picatrix effleure à peine
Un praticien qui utilise le Picatrix sans cette base spirituelle travaille comme un électricien qui touche les fils à mains nues. Il peut obtenir des résultats — mais il s’expose à des déséquilibres que nos manuscrits mettent justement en garde.

Ce que nous retenons du Ghâyat Al-Hakîm
Malgré ses limites, le Picatrix contient des éléments précieux pour qui sait les lire à la lumière de notre tradition :

La théorie des talismans astraux — la correspondance entre planètes, matières et formes est bien exposée et compatible avec ce qu’enseigne Al-Bûnî.

Les suffumigations planétaires — les encens et fumigations décrits dans le Picatrix rejoignent ce que nos manuscrits prescrivent pour préparer l’espace de travail.

Les images et inscriptions — certaines figures géomantiques et inscriptions décrites correspondent à des formes que l’on retrouve dans nos traités andalous.

Mais dans tous ces domaines, retournez à la source : lisez Al-Bûnî, lisez le Khawass Al-Qur’an, consultez les traités de Jabir Ibn Hayyan. Ce sont eux qui ont formé les savants dont le Picatrix porte l’écho lointain.

Le Picatrix est un miroir — il reflète ce que la civilisation islamique a produit de plus sophistiqué en sciences ésotériques, mais débarrassé de son âme soufie. Ce miroir a fasciné l’Europe pendant des siècles. Aujourd’hui, des chercheurs occidentaux étudient ce texte en croyant toucher à l’hermétisme universel — sans savoir qu’ils lisent une traduction appauvrie d’une tradition qui est la nôtre.

Notre devoir est de maintenir vivante cette tradition dans son intégrité — avec ses manuscrits, ses chaînes de transmission, sa spiritualité et sa rigueur. C’est ce que fait Zalasrar.com : non pas vulgariser, mais transmettre fidèlement ce que nos maîtres nous ont confié.
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